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Empathie et manipulations – les deux faces d’une même pièce.

Serge Tisseron est un psychiatre, docteur en psychologie, et est également un auteur prolifique, dont les thèmes de prédilections sont notamment :

  • les relations que nous établissons avec les différentes formes d’images;
  • et la façon dont les nouvelles technologies bouleversent notre rapport aux autres, à nous même, au temps, à l’espace et à la connaissance;

des sujets qu’il aborde d’ailleurs au sein de son ouvrage intitulé Empathie et manipulation : les pièges de la compassion, dont voici le résumé.

 – LE RÉSUMÉ –

Empathie : évocateur d’altruisme, voire d’amour, ce mot a de quoi séduire en ces temps ou nous cherchons des raisons d’espérer.

Pourtant, l’empathie est menacée, notamment par des manipulations qui en brouillent les enjeux. Ainsi, l’empathie pour la souffrance d’autrui est exploitée à des fins malhonnêtes; l’idéalisme généreux des adolescents est détourné par des extrémistes; de nouveaux systèmes économiques exonèrent les acteurs de la maltraitance de leurs responsabilités; des fabricants d’objets plus ou moins utiles cherchent à détourner notre empathie naturelle à profit…

D’où l’alerte lancée par Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste. L’auteur de L’empathie au cœur du jeu social nous invite à réfléchir à nos bonnes intentions et aux pièges auxquels elles peuvent nous conduire. L’empathie peut être un terrain miné, un champ de manipulations et même un terrain de luttes idéologiques. Attention : danger !

Si le résumé a suscité ton intérêt, rentrons à présent dans le vif du sujet en poursuivant avec l’analyse. 

– L’ANALYSE –

Au premier abord, le titre de cet ouvrage m’a interpellé. Quel peut bien être le rapport entre la notion d’empathie et celle de manipulation, me suis-je demandée. La stupéfaction a très vite laissé place à l’envie furieuse de dévorer cet ouvrage jusqu’à la dernière page.

En effet cet essai a attisé ma curiosité à ses prémices en traitant au regard de l’actualité, de ces notions que je pensais antinomiques, l’empathie et la manipulation.

Qu’est-ce que l’empathie ?

L’empathie est constituée de trois composants :

1. Le versant affectif 

De prime abord, S.Tisseron nous éclaire sur le versant affectif de l’empathie, qui se manifeste par notre capacité à interpréter le vécu émotionnelle d’autrui. Il s’agit de percevoir l’émotion de l’autre dans sa forme brute, sans détour, dans l’instantanéité du moment. D’un sourire, déduire la joie qui anime une personne, et d’une larme, sa tristesse.   

2. Le versant cognitif

La seconde strate de l’empathie est l’empathie cognitive, elle se traduit par notre capacité à contextualiser l’émotion identifiée, en essayant d’en saisir les causes et les conséquences. Ce cheminement intellectuel amène à appréhender les brides du fonctionnement interne d’autrui, à déceler ses méthodes de raisonnement face à une situation donnée, mais également à prendre connaissance de ses idées et de ses aspirations à force d’analyse. En d’autres termes, l’empathie cognitive est le mécanisme intellectuel qui nous permet d’appréhender l’autre dans sa singularité. Qui a t-il derrière ce sourire ? Qu’elle bonne nouvelle se cache ? Lorsqu’il s’agit d’une personne de notre entourage, il est aisé de comprendre la cause de son bonheur puisque celle-ci est explicitée. Cela peut être la remise d’un diplôme qui cache des sacrifices inestimables dont on a été témoin. L’obtention de ce diplôme, correspond à la réalisation d’un objectif. Alors, on constate le bonheur de la personne que l’on aime, et l’on mesure l’importance que cet événement à pour elle.

3. L’empathie mature 

Ce que Martin L. Hoffman nomme l’empathie mâture, c’est un système qui repose sur la faculté de comprendre l’autre mais à un niveau supérieur. Pour ce faire, on va opter pour une position allocentrée, ce qui consiste à se déloger de son monde intérieur, à faire fi de sa subjectivité afin de se connecter à l’autre pour ressentir ses émotions dans un contexte donné. Si un jour je réalise un de mes désirs au même titre que mon amie qui a réalisé l’objectif d’obtenir son diplôme, je serais alors aussi contente qu’elle. Je peux alors ressentir le bonheur et la joie qui m’envahie, lorsqu’elle m’annonce l’obtention de son diplôme, car je me suis projetée dans sa situation.

Ces trois composantes de l’empathie sont indissociables les unes des autres pour un rapport sain à soi, et au monde. En effet, cultiver son empathie sous ces trois formes, permet de faire preuve d’ouverture et de compréhension envers autrui, ce qui peut à bien des égards, désamorcer des situations conflictuelles. Parfois, les litiges sont de véritables combats d’egos, ou chacun tente de faire valoir son point de vue sans prêter attention aux arguments de l’autre. Et si on prenait le temps d’être réceptif à l’autre, et de le comprendre, malgré les dissensions qui nous anime ?

Les multiples facettes de l’empathie 

1. L’empathie fragilisée

De nombreux spécialistes s’accordent à dire que l’empathie est un processus qui s’acquiert progressivement, et qui gagne à être entretenu tout au long de notre existence à travers notamment des activités tournées sur le bien être d’autrui comme le bénévolat.   Néanmoins, il est important de souligner que tous les être humains ne sont pas logés à la même enseigne. En effet, l’environnement familiale et culturel impacte le développement de l’enfant et de ce fait, sa capacité à faire preuve d’empathie ou non. En témoigne d’ailleurs, les auteurs de crimes, d’actes de barbaries et de tortures, qui bien souvent ont été témoins et/ou victimes d’actes de violences. 

2. Les us et coutumes en politique   

On pense souvent qu’il y a des personnes dotées d’empathie, et d’autres pas. Cet exemple ci-dessous va te faire changer d’opinion.

 » Qu’a dit le candidat Donald Trump ? Tout ce que les membres de la classe moyenne et ouvrière blanche attendaient. Il a parlé de leur colère et il les a aidés a restaurer leur sentiment de dignité en les opposant aux migrants et aux habitants des pays en voie de développement. (…) Il a su convaincre cette catégorie sociale que non seulement il ressentait sa douleur, mais qu’il la partageait, et qu’il allait l’aider. Mais, dans les semaines qui ont suivi son élection, le président Trump a dit qu’il ne se rappelait pas avoir promis ce que tout le monde avait pourtant entendu (…) »  P 9-10

A travers cet exemple, S.Tisseron illustre parfaitement l’idée selon laquelle nous sommes apte à faire preuve d’empathie, qu’elle soit cognitive ou affective, sans que ce processus découle sur une empathie mature. En effet, il est effarant de constater que même si Trump a identifié les sentiments de colère et de frustration qui animent une frange de la population américaine (empathie affective), et qu’il semble également comprendre les causes de ces sentiments (empathie cognitive), il n’est pas pour autant apte à faire preuve d’empathie mature. Bien au contraire, comme de nombreux hommes et de nombreuses femmes politique avant lui, il va donner au peuple Américain l’illusion qu’il est proche de lui et qu’il le comprend, dans le seul but d’être élu.  

– LES POINTS POSITIFS DE MA LECTURE  –

  • A travers cet essai, Serge Tisseron nous éclaire sur une notion bien souvent galvaudée : l’empathie. Il met à jour la réalité d’un concept communément idéalisé, en disséquant presque chirurgicalement, tous les mécanismes auquel il est imbriqué.
  • Il nous dispense d’explications claires, concises, et intelligibles.
  • Cet ouvrage didactique est une mise en garde sur les diverses formes d’instrumentalisation de l’empathie, mais il contient néanmoins des conseils, afin de développer et de renforcer son empathie. Il nous invite à avoir un regard critique, sur le monde qui nous entoure.

– LES POINTS À AMÉLIORER –

  • En 170 pages, Serge Tisseron nous informe trop succinctement sur un sujet abordé sous un angle qui vaut largement le détour. Pour faire court, je pense que tous les chapitres abordés dans cet ouvrage, méritent d’être approfondis tant ils sont instructifs.  

– MA CITATION PRÉFÉRÉE –

 » Le sentiment de l’inégalité et de l’injustice, joint à diverses formes d’insécurité, fait que les gens se sentent peu surs d’eux-même, et ils voient dans l’affirmation d’un statut, et la position qu’elle est censée leur assurer, une sécurité. Le problème est que cela crée plus de distance encore entre les autres et eux, et les prive de la possibilité d’expériences de reconnaissance et d’empathie qui pourraient justement leur permettre de prendre plus de recul par rapport au rôle qu’ils se donnent et à celui qu’ils attendent d’autrui. Un cercle vicieux est installé. Et c’est ici que la manipulation peut intervenir. » P 19

Si l’ouvrage de Serge Tisseron te fait de l’oeil, n’hésite pas à cliquer ci-dessous pour te le procurer. 

 

Te considères tu comme quelqu’un d’empathique ?

A quel moment ou envers quelle personne as tu ressentis le plus d’empathie, et pourquoi ?

Avec toute ma considération.  დ

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