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Rectify : l’obscure clarté

Depuis quelques années maintenant j’ai choisis mon camps, celui des accrocs aux séries.

Contrairement aux films, les séries voient leur narrations se poursuivre sur plusieurs épisodes. Ce rendez-vous hebdomadaire suscite de l’attachement vis à vis des personnages et me permet de m’identifier plus facilement à eux. Je peux aisément être happée par la personnalité du héro ou du anti-héro, dont l’évolution psychologique me questionne sur mon rapport au monde, ou à moi même. J’ai également une sensibilité particulière au genre de la série, ainsi qu’à la thématique abordée. Le féminisme, notre rapport à la technologie, les problématiques relationnelles, ou encore les expériences de vies particulières (prison, marginalisation, success story), sont des sujets qui éveille mon intérêt.

Au premier abord, l’objectif de cet article était de te partager mes 5 séries coup de cœur. Et puis, en rédigeant la liste de ces séries, j’ai réalisé qu’une d’entre elles sort particulièrement du lot.

Il s’agit de la série télévisée américaine intitulée RECTIFY réalisée par Ray McKinnon. Cette série diffusée à partir de 2013 jusqu’en 2016 est à mon humble avis, un pur chef-d’oeuvre qui à mon grand étonnement, s’est fait plutôt discret.

RECTIFY narre brillamment l’existence d’une petite ville nommée Paulie, dont la vie des habitants semble s’être cristallisée autour de l’histoire du viol et du meurtre d’Hannah. Et pour cause, l’homme reconnue coupable de ces crimes n’est autre que Daniel Holden, qui après 19 années d’emprisonnement, est libéré grâce à de nouvelles preuves ADN. On assiste alors à la réinsertion sociale de Daniel, mais pas seulement au sens cartésien du terme. En effet, Daniel ainsi que les personnages qui gravitent autour de lui, nous offrent une expérience sensible du monde, ce qui confère à la série toute son originalité et sa profondeur.

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Expérimenter le monde à travers les sens

Ce que la série a suscité chez moi 

Au regard de la thématique abordée, je m’attendais à une narration âpre, teintée d’images crues. C’est avec un grand étonnement que j’ai été bouleversée, subjuguée, par la palette d’émotions que procure cette série, à travers les sens qu’elle sollicite chez le spectateur mais également à travers ce qu’elle nous dévoile sur la perception du monde de Daniel.

L’OUÏE : Ce qui m’a particulièrement frappé dès les premières minutes de la série, c’est le discours de chacun des personnages (faisant principalement partie de l’entourage de Daniel). Leur paroles sont emprunt d’une pudeur sans pareille, ce qui leur confère d’autant plus d’intensité et d’authenticité. On sens que chacun souhaite trouver sa place au sein de la vie de Daniel, en tant que sœur, mère, beau-père ou belle-sœur, mais que l’expérience de la prison a creusé un fossé. Chaque membre de la famille avance à tâtons, essayant d’appréhender Daniel.   

LA VUE : Les scènes ont une saveur particulière car teintées d’un voile blanc, et parfois traversées par un halo de lumière, qui leur donne un aspect flottant et léger. Tous ces effets créent une ambiance intimiste, chaleureuse, malgré la difficulté du sujet abordé. 

La perception du monde, selon le personnage principal

LA VUE : Tout au long de la série, on suit la réinsertion de Daniel qui n’est pas sans heurt. En parallèle, nous sommes confrontés aux souvenirs de son enfermement et aux conséquences physiques et psychologiques qui en découlent. On prend alors connaissance d’une tout autre réalité, celle des conditions de vie des personnes en détention. On apprend par exemple que sur une longue période, la contention spatiale engendre la restriction du champs de vision. Daniel Holden est diagnostiqué myope et astigmate à sa sortie de prison. 

LE TOUCHER : Ses conditions de détentions mettent également en lumière l’isolement, et l’absence de contact humain dans un cadre de respect et de bienveillance. Je pense que l’on a tous plus ou moins en mémoire à travers des films ou des articles, des faits de violences sexuelles ou verbales subie par les personnes emprisonnées. Ce contexte permanent de violence, a pour effet l’altération des rapports humains. On perçoit la surprise de Daniel mais aussi sa décontenance, lorsque sa belle sœur le prend dans ses bras.  

La notion de temporalité 

Du point de vue du spectateur 

L’identité de cette série, tient aussi dans la particularité qu’elle a de laisser à son public le temps de savourer chaque scène, de s’en imprégner, et d’y réfléchir. Cela se matérialise par l’absence de son pendant quelques minutes, ou par l’immobilité d’une scène. Habituellement nous sommes tellement happés, précipités d’un rebondissement à un autre que ce soit dans les films ou dans les séries, que l’on ne peut parfois prendre le temps de l’analyse. S’ajoute bien souvent à cela, une musique de fond incessante, qui détermine nos émotions. Or, RECTIFY prend le parti de nous laisser le temps de la contemplation. 

La perception du temps selon Daniel Holden

Bien que cette série nous raconte l’existence d’un personnage fictif, elle traduit néanmoins une vérité parmi tant d’autres. J’ai donc été particulièrement touchée par la réplique de Daniel, lorsqu’il explique à sa belle sœur Tawney, la conception du temps qu’il avait en prison. 

Daniel : Je me rend compte que jusqu’à maintenant l’image que je m’étais faite du monde venait de ce que j’avais lu, pour ce qui est des vraies expériences, je n’ai pas vécu grand choses, je ne pense pas aux saisons, enfin ça fait longtemps que je n’y ai pas pensé (…) Dans mon unité les cellules n’avaient pas de fenêtres, que des murs épais entourés par d’autres murs plus épais, je n’ai jamais su s’il pleuvait ou pas, ni entendu les gros coup de tonnerre. (…) les choses je les ressentais d’une autre manière, elle ne manquaient pas, j’étais coupé d’elles, je ne les sentais pas donc pour moi elles n’existaient pas.

Tawney : Mais la réalité pour toi c’était quoi alors ?

Daniel : Le temps perceptible entre les secondes.

Cette série est à mon sens profondément humaine, à travers le sujet qu’elle aborde et la manière dont il est traité mais aussi parce qu’elle ménage et respecte son spectateur qu’elle pousse à la réflexion.

Et toi, quelle est ta série préférée ?  Raconte moi tout cela en commentaire. 

 

Si tu souhaites en savoir plus sur le milieu carcéral, voici quelques liens :

 

  • Des articles sur les conditions de détention des personnes incarcérées. 

Condition carcérale et souffrance psychique

La vie en détention

  • Le magnifique témoignage sur TED X de Laurent JACQUA au sujet de son incarcération ainsi qu’un lien vers son blog.  

Comment j’ai réussi ma plus belle évasion après 25 ans de détention. | Laurent Jacqua | TEDxParis

Laurent JACQUA le blog

  • Une vidéo instructive de la chaîne DATAGUEULE sur la prison.

A qui profite la taule ? – #DATAGUEULE 47

6 commentaires sur « Rectify : l’obscure clarté » Laisser un commentaire

  1. J’ai beaucoup aimé la première saison mais n’ai pas réussi à accrocher à la deuxième, en partie parce que j’avais été déconnectée des personnages un certain temps. Tu me donnes envie de réessayer !

    • Au départ, j’étais partie sur l’écriture d’un article sur mes séries préférés, et je me suis retrouvée à ne parler que de ma série coup cœur : Rectify. Je ne peux donc que te conseiller de la visionner à nouveau sous un œil neuf =)

      • Inévitablement, j’ai fais un petit tour sur ton blog et j’ai été agréablement surprise car nous avons les mêmes centres d’intérêt. =)
        Je repasserai donc sur ton blog pour y lire tes articles avec beaucoup d’attention !

  2. Comme toi, j’adore regarder des séries et je m’attache souvent aux personnages. Les thèmes que tu évoques au début de ton article m’intéressent aussi beaucoup. Je ne connaissais pas la série Rectify. Au vu de ton article, je suis sûre qu’elle me plairait beaucoup. Merci !

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