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Focus sur Jessica : Travailleur Social au sein d’un Village d’Enfants

Témoignage d'un travailleur social qui est référent au sein d'un Village d'Enfants.

Temps de lecture : 9 minutes

Il est hors de question pour moi, de priver les enfants de câlins et mots d’amour au nom de je ne sais quelle distance professionnelle ! C’est un besoin vital pour chaque êtres vivants de se sentir aimé, mais c’est davantage le cas pour les enfants placés et carencés !

Jessica a 26 ans, elle est titulaire d’une licence de sociologie ainsi que d’un diplôme d’Assistante de Service Social (DEASS). Néanmoins, elle a fait le pari de postuler au sein d’une structure qui ne recrutait jusqu’alors que :

 

  • des Moniteurs Éducateurs (ME);
  • des Éducateurs Spécialisés (DEES);
  • ou des Éducateurs de Jeunes Enfants (EJE).     

 

C’est en faisant preuve de culot et de détermination, que Jessica a intégré il y a deux ans maintenant, un Village d’Enfants. 

Jessica, peux-tu nous expliquer ce qu’est un Village d’Enfants et quelles sont tes missions au sein de cette structure ?

Un Village d’Enfants est une institution qui accueille des fratries ou non, placées par décision de justice suite à des carences engendrées par de la maltraitance physique, ou psychologique. Le Village d’Enfants est mandaté pour accompagner des mineurs âgés de 0 à 18 ans, mais des dérogations sont possibles pour les majeurs âgés de 19 ans. 
Le Village d’Enfants est composé de 48 jeunes, logés dans des pavillons par groupe de 6. Un référent (ou coordinateur), est chargé d’accompagner un ou deux jeunes dans son quotidien, nous dormons donc sur notre lieu de travail.
Le quotidien d’un jeune est rythmé comme tout un chacun, par la gestion de l’apprentissage scolaire, des activités extra-scolaires, ainsi que des démarches administratives. A ceci près que les démarches administratives sont plus contraignantes à réaliser, puisque l’impact sur le mode de vie du jeune est d’autant plus important.

Quels sont les acteurs qui interviennent dans le cadre du placement d’un enfant ? 

Pour cette question, j’ai jugé bon d’insérer un organigramme relatant le parcours d’un enfant placé.   
Cependant, il est important de préciser que dans le cadre d’un placement, le juge des enfants est chargé d’établir les droits de visite des parents, qui sont propres à chaque situation. Une visite peut-être établit une fois par mois, ou une fois par semaine, ou tous les week-ends. Certaines visites se mettent en place dans un lieu d’accueil neutre, situé à proximité du Village d’Enfants, lorsque d’autres ont lieu au sein de la Maison Départementale des Solidarités (MDS) dont dépend le parent. L’enfant peut également être accueilli au domicile de ses parents.  

Quelle est la typologie du public accueilli au sein du Village d’Enfants ?

En ce qui concerne un bon nombre d’enfants, une fois placés au sein de la structure, une reconnaissance du statut de personne handicapée est à mettre en place, de concert avec la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH). On décèle également chez nos jeunes, des troubles du comportement ou des troubles liés aux capacités d’apprentissage, engendrés bien souvent par l’absence d’éveil des parents depuis les premiers mois de l’enfant.

 

Il y a t-il une situation qui t’a particulièrement touchée ?  

 

Communément, lorsque l’on pense aux raisons pour lesquelles un enfant peut-être placé, la maltraitance prédomine. Cependant, même si chaque situation est complexe, accompagner une fratrie ou un enfant à faire le deuil de ses parents provoque chez moi une émotion toute particulière.  A ce propos, lorsqu’une situation nous interpelle de quelque manière que ce soit, nous pouvons en discuter avec nos collègues, lors d’une réunion que l’on nomme Groupe d’Analyse des Pratiques (GAP).

Les travailleurs sociaux sont bien souvent amenés à remettre en question leur positionnement professionnel au cours de leur carrière, suivant les situations qu’ils rencontrent car chaque personne accompagnée à des besoins et un fonctionnement particulier. Ma question est donc la suivante : sur quel sujet ton métier t’a amené à te questionner ? 

Lorsque j’étais étudiante, la notion phare sur laquelle on se questionnait en formation, c’était : la distance professionnelle. Avec ces années d’expériences en tant qu’Assistante de Service Social (ASS) puis à présent comme référente, cette notion ne fait plus sens pour moi. Je partage mon quotidien avec les jeunes,  je les réveille en pyjama, et on déjeune ensemble. Cette proximité du lever au coucher, ne me permet pas d’analyser mes moindres faits et gestes, cela serait chronophage et éreintant. Les câlins, les mots d’amour, les je t’aime, je n’en prive pas les enfants qui m’entourent que je sois leur référente ou non. Je considère que c’est un besoin vital pour chaque êtres vivants de se sentir aimé, mais c’est davantage le cas pour les enfants placés et carencés ! 

Et je dirais même qu’à mon sens, le fait de réfléchir à la notion de distance professionnelle, c’est tendre vers une perte d’humanité, cela ôte tout naturel dans la relation d’accompagnement. Alors oui, on peut me rétorquer que mon positionnement professionnel sur cette question est inhérent au contexte dans lequel je travaille, mais ce n’est pas le cas. Je tenais déjà les mêmes propos en tant que stagiaire, dans le cadre de ma formation d’ASS. La vanité de la distance professionnelle, est une conviction profonde que je défends.

Au regard de tes deux années d’expériences au sein de cette structure, as-tu une leçon à nous faire partager ?

La leçon que j’ai tiré de mon métier est qu’il faut être pleins de ressources car nous sommes amenés en tant que travailleurs sociaux, à faire preuve de polyvalence. On doit s’adapter très rapidement, afin d’être en capacité de répondre aux sollicitations du public dont les problématiques rencontrées sont de plus en plus complexes.  S’ajoute à cela, l’évolution constante des dispositifs sociaux qu’il faut maîtriser. 

Quelle est la valeur morale qui te caractérise le plus ? 

La valeur qui me tient le plus à cœur, c’est le respect. Le respect que l’on porte à autrui, mais également celui que l’on se doit. A titre d’exemple, si on ne s’écoute pas, que l’on ne se reconnaît pas dans nos actes quotidiens, et plus encore dans notre fonction, on ne sera je pense jamais épanouie. Et puis surtout, il ne faut pas s’empêcher d’édicter ses propres règles, de partager sa manière d’être et de faire, de façonner son métier comme on l’entend, sans vouloir ressembler à l’archétype du travailleur social qu’on lis dans les ouvrages. 

« La valeur qui me tient le plus à cœur, c’est le respect. Le respect que l’on porte à autrui, mais également celui que l’on se doit. »

 Merci à toi Jessica, pour ce témoigne rempli d’émotions. 

 

Jessica a également un blog truffé de bons conseils, concernant la formation d’Assistante de Service Social.
N’hésite pas à la rejoindre en cliquant sur le lien ci-dessous : 

3 commentaires sur « Focus sur Jessica : Travailleur Social au sein d’un Village d’Enfants » Laisser un commentaire

  1. Bonjour
    J’ai découvert l’existence de votre blog via une parution sur mon compte FB (groupe entraide ASS) et j’apprécie ce que j’en lis.
    Le témoignage de Jessica m’a interpellée. Ma reconversion ASS est très tardive (un parcours de vie déjà long ) et je viens juste d’être diplômée ASS ce 5 juillet pour ma plus grande joie ! J’ai lu l’article avec le témoignage de Jessica et découvert ce métier d’éducateur familial, qu’elle exerce apparemment en étant reconnue ASS. J’ai fait des recherches sur internet et j’aimerai pourvoir échanger avec Jessica à ce sujet. Pouvez vous lui transmettre ma demande de contact ?
    Merci ! Laurence

    • Bonjour Laurence,

      Tout d’abord félicitations pour l’obtention de ton DEASS ! 😊
      Quelle fierté cela doit être pour toi, fête cela comme il se doit.

      Ravie de lire que cet article en collaboration avec JESSICA t’a été utile.

      Je te mets donc en contact avec elle.

      Au plaisir de te lire à nouveau sur le blog.

      CASSANDRA.

  2. Merci Cassandra pour tes mots très gentils. Oui je suis très fière de cette reconnaissance au bout d’un parcours de 3 ans aussi intense que passionnant ! Oui l’article a retenu toute mon attention et il a été très utile puisque dans la foulée il m’a permis de découvrir un univers (les villages d’enfants) et un métier (éducateur familial). Je suis très intéressée par ce que je vois comme une porte d’entrée qui me correspondrait parfaitement àpriori dans la protection de l’enfant, et je vais contacter Jessica, merci pour son contact ! J’ai mis ton blog dans mes favoris. Tes écrits me font parlent très bien et me font sens. Bravo à toi pour ce blog. Laurence

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