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Lettre ouverte à mon père : comme une bouteille à la mer…

J’aime particulièrement maman, car elle a le chic pour essayer de raviver en moi les souvenirs de mon enfance. Elle aborde tout un tas de voyages que l’on a fait ensemble, juste elle et moi. Mais ma mémoire me fait défaut, et quand trop soucieuse de savoir si je me souviens, elle saisit au vole le moindre petit rictus sur mon visage qui pourtant se veut le plus impassible possible, je comprend alors à mon grand dam, que je suis foutue et je souris. Ce sourire compatissant, amuseur, qui se hisse fièrement sur mon visage, grignotant mes pommettes.

Je ne me réjouis pas tout le temps, à l’évocation des réminiscences qu’elle s’échine à mettre en lumière. Parfois, je me met même en colère, surtout lorsqu’elle parle de toi. A quoi bon parler du vide, de la place inoccupée, quand mon cœur est à la quête du réel et de la consistance. Lorsqu’il cherche à être comblé. Alors à l’occasion de la fête des pères, le jour de ton anniversaire,  je proteste contre cette inlassable ritournelle qu’elle me susurre à l’oreille.

_ Maman : «Tu te souviens quand ton père te faisais ses fameuses tartes aux pommes !»

_ Moi : «hummm…»

– Maman : «Tu sais, il s’occupait de toi comme une princesse, il était aux petits soins et mettait à chaque fois les petits plats dans les grands au sens littéral du terme !»

_ Moi : «Et alors !»

– Maman : «Bientôt c’est la fête des pères, je suis sure qu’il pense à toi. Et puis tu sais, il a toujours voulu une fille.»

_ Moi : «hummm…»

Maman reste inébranlable, imperturbable, devant ma mine décontenancée. Et lorsque je lui demande pourquoi elle m’inflige cela, elle me répond avec aplomb: « Parce que c’est ton père, et que son manque d’implication au sein de ton existence ne doit pas te faire penser que tu le laisses indifférent.»

Le plus souvent, elle crie pour s’exprimer quelque soit la circonstance. La tonalité de sa voix est comparable à celle d’une chanteuse d’opéra en plein concert. C’est une femme autoritaire, façonnée par une existence pas toujours tendre. Mais lorsqu’elle me parle de toi, c’est un ton calme et apaisé qu’elle emploie. Comme si elle essayait de me dire : «Je t’aime et je veux que tu saches que ton père t’aime aussi, malgré son absence.»

Ce message en filigrane, je ne l’ai compris que maintenant après toutes ces années…       

Merci maman

Et peut-être à bientôt, papa

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