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Immersion en maison de retraite avec une Accompagnante Educative et Sociale

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Temps de lecture : 15 minutes

 

 » Le soin c’est de l’HUMAIN pas du chiffre ! « 

 

Selon l’INSEE : « En 2050, la France métropolitaine comptera entre 61 et 79 millions d’habitants selon les différentes hypothèses de fécondité, de mortalité et de migrations. Près d’un habitant sur trois aura plus de 60 ans, contre un sur cinq en 2005. » Face à ce constat, je pense qu’il est nécessaire que chaque citoyens soit informé des conditions de vie des personnes âgées notamment en maison de retraite, afin qu’une conscience collective soit amorcée.

N’oublions pas que nous sommes tous des personnes âgées en devenir !

A ce titre, je te laisse découvrir le témoignage d’une Accompagnante Educative et Sociale, en maison de retraite.

 

  • Comment conçois tu l’exercice de ton métier ?

 

En tant qu’Aide Médico-Psychologique diplômée d’état mais Accompagnante Educative et Sociale par équivalence, mon objectif est de favoriser le bien-être des personnes accompagnées. Actuellement, je m’occupe de personnes âgées, puisque j’exerce au sein d’une maison de retraite, ce qui n’a pas toujours été le cas. En effet, diplômée en 1998, je cumule présentement 20 années d’expériences professionnelles, durant lesquelles j’ai eu l’occasion de travailler aussi bien aux cotés de personnes atteintes de troubles autistiques, que de personnes handicapées. 

 

Néanmoins, outre les compétences techniques que je mets à profit des personnes âgées que j’accompagne, je m’emploie autant que possible à intégrer l’humour au quotidien dans ma pratique. En maison de retraite, beaucoup souffrent d’isolement. Rire et faire rire est le meilleur moyen que nous avons trouvé mes collègues et moi, pour leur faire oublier l’espace d’un instant, l’absence de leurs proches. L’humour fait donc partie intégrante de ma pratique.

 

 

  • A ce propos, à quelle fréquence s’organisent les visites de la famille au sein de la structure ?

 

Certains de nos résidents ont la chance d’avoir des visites régulières de la part de leurs proches à hauteur d’une fois par semaine minimum, quand d’autres sont laissés à l’abandon. L’absence de l’entourage s’explique parfois par une carrière qui demande beaucoup d’investissement, à cause de la présence d’un conflit familiale, ou de l’égoïsme  et du manque de considération des membres de la famille envers la personne âgée.

Dans le cadre de ma formation, j’ai appris qu’il faut s’abstenir de tous jugements, favoriser l’impartialité autant que faire se peut, pour optimiser l’accompagnement. A dire vrai, ce n’est pas toujours évident d’adopter cet état d’esprit, surtout lorsque l’on est confronté à des personnes en situation d’isolement, mais je fais de mon mieux.

 

 

  • Le fait que tu soulèves la problématique de l’abandon des personnes âgées au sein des maisons de retraite, m’amène à me questionner sur le positionnement de ces dernières, en ce qui concerne leur intégration dans ce type de structure. Raconte moi comment cela se passe ?

 

L’intégration d’une personne âgée au sein de la maison de retraite dans laquelle je travaille, est composée de plusieurs étapes :

 

Etape I : LA RENCONTRE

La famille contacte la structure dans le cadre d’une demande de rendez-vous. Puis elle effectue la visite de l’établissement à la date fixée, accompagnée de la directrice ou de son adjointe. Tous les éléments d’informations sont communiqués à la famille ainsi qu’un dossier d’inscription.

 

Etape II : INSTRUCTION DU DOSSIER

Après avoir effectué la complétude du dossier, la famille remet le dossier à la structure. Si la famille souhaite de plus amples informations en ce qui concerne les droits de la personne âgées ainsi que les aides financières possibles, pouvant alléger le coût de la chambre en maison de retraite, la famille est orientée vers une assistante de service social.  L’assistante de service social se charge alors d’écouter, d’informer et de conseiller la famille sur les dispositifs existants tels que :

  • La CNAV;
  • L’APA; 
  • L’ASPA et bien d’autres encore.

 

Etape III : L’ACCUEIL

Enfin, la famille est accueillie par une infirmière ainsi qu’une aide soignante ou une assistante sociale (cela dépend de la disponibilité de chacun) afin que la présentation de la chambre et du personnel médico-social soit effectuée.

 

Cependant, au delà du processus institutionnel il faut être conscient qu’en majorité, les personnes âgées sont contre leur intégration dans une maison de retraite. Après avoir vécu pendant de nombreuses années dans leurs propres maisons (dont la plupart sont propriétaires) chargées de souvenirs, il est difficile pour elles de rejoindre un lieu de vie semi-collectif (la prise de repas est collective et les chambres peuvent l’être aussi). Néanmoins, la maison de retraite est un endroit sécure, encadré par des professionnels qui font leur possible pour favoriser leur bien-être.  

Ce qui est troublant, c’est qu’en 20 ans d’expériences professionnelles, je n’ai rencontré que  2 ou 3 personnes âgées qui conscientes de leurs situations, ont accepté ce changement de mode de vie. Pour le reste, elles se sont résignées à rester au sein de l’établissement.

 

 

  • Et qu’en est-il du fonctionnement de la maison de retraite ?

 

La maison de retraite est composée des professionnels suivant:

  • Une psychologue;
  • 3 infirmières;
  • 8 aides soignantes;
  • un service entretien;
  • Une ergothérapeute;
  • 3 kinésithérapeutes

 

En ce qui concerne le service d’entretien, je pense que les femmes qui le compose méritent un peu plus d’intérêt. C’est d’ailleurs lors d’une réunion que j’ai compris leur importance, qui va bien au delà du fait qu’elles assurent un niveau d’hygiène au sein des locaux.

En écoutant l’intervention de l’une d’entre elles au cours d’une réunion, je me suis rendu compte qu’elles sont sources d’informations, concernant le quotidien des résidents. Lorsqu’elles inspectent les chambres pour procéder au nettoyage, elles constatent des choses que l’on ne voit pas.

Par  exemple : il peut s’agir de résidents qui stockent leurs nourritures ou leurs médicaments dans leurs chambres, sans que l’on s’en aperçoive. Des problématiques sont mises à jours grâce à leurs interventions, ce qui permet d’assurer un meilleur suivi des résidents. Elles sont également d’une grande aide, lorsque qu’une personne âgée est en situation de détresse et qu’elle mobilise plusieurs professionnels. A ce moment là, les femmes du service d’entretien effectuent la surveillance du reste des résidents. Evidemment, ce fonctionnement dénote un manque de personnel soignant.

 

Par ailleurs, l’établissement est divisé en plusieurs unités.

 

UNITÉ FERMÉE :

L’unité fermée est composée de 26 résidents.

Cette unité accueille des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou atteintes de démence.

UNITÉ OUVERTE :

L’unité ouverte est composée de 30 résidents environ. Cette unité regroupe des personnes âgées n’ayant aucune pathologie.

UNITÉ DU MILIEU :

Cette unité qui accueille 30 résidents environ, est destinée aux personnes que l’on prépare à intégrer dans l’unité fermée.  

 

Lorsqu’il n’y a plus de place dans l’unité appropriée, c’est à nous de surveiller la personne qui réside dans la “mauvaise unité.”

Outre cette problématique de place, une personne peut également être accueillie au sein d’une unité non adaptée à sa situation médical, sur l’avis de sa famille.

J’ai d’ailleurs en mémoire, le cas d’un résident qui ne contrôlait plus son sphincter et se baladait ici et là, rentrant dans les chambres des autres résidents. Il était hagard, et à la suite de tous ces événements, le résident a été placé en unité fermée. Une décision prise en amont, avec l’aval de la famille. Or, lorsque sa famille est venue lui rendre visite au sein de cette nouvelle unité qu’était l’unité fermée, un résident venait tout juste d’uriner sur le sol que le service d’entretien s’apprêtait à nettoyer. La famille s’est alors saisi de cet élément pour communiquer à l’établissement son souhait de retirer le parent en question de l’unité fermée, afin de le réintégrer dans l’unité ouverte par soucis d’hygiène.

La direction de certains établissements prend en considération l’avis de la famille au regard son investissement financier, quand d’autres évaluent la situation du bénéficiaire et prennent une décision adéquat.

 

 

  • Quel est ton positionnement professionnel face aux difficultés que tu peux rencontrer dans l’exercice de ton métier ?

 

Avec l’expérience, j’ai constaté que mes collègues et moi passons en général par plusieurs stades. Le métier de soignant est prenant tant physiquement que psychologiquement. On doit apprendre à gérer nos émotions devant la difficulté des situations. Ne pas faiblir devant la tristesse des bénéficiaires due à la solitude, ne pas se sentir désemparé une fois confronté au décès des résidents. Cela fait beaucoup d’injonctions, il y a pas mal de choses à ne pas faire, à ne pas ressentir pour conserver la maîtrise de soi en toutes circonstances et rester opérationnel. Encore une fois, c’est un métier très éprouvant.    

C’est pour cette raison que j’ai choisi d’avoir le statut de vacataire.                                          Cela me permet d’appréhender le fonctionnement de diverses structures, et de rester un peu plus longtemps dans celles où je me sens bien. Au regard de ma situation personnelle et de mon expérience professionnelle, ce statut me permet également d’avoir plus d’aisance sur le plan financier. Il y a évidemment quelques contraintes comme le fait d’être moins bien considérée par l’équipe parce que je suis une professionnelle de “passage”, mais cela varie en fonction des personnes que l’on rencontre. J’ajouterai également que ce statut m’assure une certaine stabilité psychologique car changer de structures ou prendre du temps pour moi en arrêtant de travailler quelques jours, me permet de prendre du recul sur les situations difficiles que je rencontre dans le cadre de mon métier.

 

 

  • A ce propos, il y a t’il des situations de bénéficiaires, qui t’ont particulièrement marquées ? Si oui, pourquoi ?

 

Oh que OUI !!! Il y a cette dame d’une 50 aine d’années dont je tairais le nom, atteinte de la maladie de Korsakoff. Elle est dynamique, vive, rigolante et en pleine capacité de ses fonctions physiques et parfois psychologiques. Du coup lorsqu’elle s’ennuie, elle vient spontanément en aide au personnel soignant. Elle fait les lits, alerte sur la situation des résidents, installe les résidents à la table pour qu’ils puissent déjeuner et j’en passe. Une situation peu commune, devant laquelle les professionnels de la structure sont dépassés. Evidemment, cette résidente est d’une grande aide compte tenu de la charge de travail du personnel soignant mais c’est une situation qui m’a longtemps paru absurde. D’ailleurs, tous les membres de la structure se sont accordés à dire qu’une grande place lui a été laissée parmi nous. Elle faisait presque partit de l’équipe, c’était invraisemblable. Un jour, elle s’est permise d’intervenir auprès de la famille d’un des résidents, afin d’apporter son point de vue sur la situation. Après cette succession d’épisodes, tout le monde à pris soin de la réfréner un peu.

 

J’ai aussi le souvenir d’une dame d’environ 60 ans et qui suite au décès de son mari, a fait une décompensation. Elle savait se repérer dans l’espace, elle avait conscience de l’établissement au sein duquel elle se trouvait mais elle avait des pertes de mémoire régulières, oubliant parfois le décès de son mari. Elle avait deux fils, dont l’un lui rendait régulièrement visite, chaque semaine il l’emmenait au restaurant. Or, elle en oubliait également les visites de son fils et se demandait même pourquoi il n’était pas présent pour elle. Autant de fois que je pouvais, je lui racontait les moments passés avec son fils car je voulais m’assurer qu’elle comprenne qu’elle n’est pas seule, que son fils est bel et bien présent et attentionné (et très mignon aussi).

 

 

  • Quelles sont les valeurs que tu portes et que tu essaies d’appliquer également en tant que professionnelle ?

 

Les valeurs que je tente d’incarner sont le respect d’autrui et de moi-même, ainsi que la patience.

 

 

  • Quelle est l’expérience professionnelle qui t’a le plus marquée et pourquoi ?

 

Même si je considère qu’au sein de chaque structures on tire des enseignements, j’ai quand même des préférences. J’ai beaucoup aimé travailler en Maison d’Accueil Spécialisé, car c’est au sein de cette structure que j’ai appris le métier et l’équipe était soudée, j’ai donc passé de très bons moments. J’apprécie également la structure dans laquelle je travaille actuellement car l’équipe est géniale ! On partage de joyeux moments, ce qui fait baisser la pression et nous permet de travailler dans de meilleurs conditions.

 

Merci infiniment pour ce retour d’expérience sur ta profession.

 

Si toi aussi tu souhaites venir en aide aux personnes âgées en leur apportant écoute et soutient, tu peux t’engager en tant que bénévole à l’association :

Les petits frères des pauvres

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