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Une Assistante de Service Social en Centre d’Hébergement d’Urgence

Exhalez-CHU

 

« Je ne suis qu’une clocharde pour les gens, une clocharde qui ne sert à rien car elle ne travaille pas ».

Assistante de service social au sein d’un Centre d’Hébergement d’Urgence (CHU) depuis un an maintenant, Séline te fais découvrir aujourd’hui une partie de son quotidien, auprès d’un public que l’on voit bien trop souvent errer dans les rues, et face auquel on se sent parfois désarmé. 

  • Peux-tu nous décrire le fonctionnement de la structure au sein de laquelle tu exerces ?

Un CHU est un établissement qui accueil toutes personnes sans conditions de ressources, pour une mise à l’abri. L’objectif de cet accueil est de favoriser la réinsertion sociale et professionnelle des personnes accompagnées.  

L’équipe du CHU se compose de :

  • 2 Educateurs Spécialisés (ES); 
  • 3 Conseillers Economique Social et Familiale (CESF);
  • 2 Assistantes de Service Social (ASS);
  • 1 éducateur de jeunes enfants (qui fait du soutien à la parentalité; aide aux devoirs; accompagnement à l’école ou à la PMI);
  • 16 assistantes de vie sociale (tâches ménagères cuisine – service cuisine);
  • 1 animateur.

De plus, des infirmières y effectuent des permanences à hauteur d’un week-end sur deux. Elles effectuent ce que l’on nomme dans le jargon, de la « bobologie ». Ce qui signifie, la prise en charge des petites plaies, des maux bénins. Puis si nécessaire, elles orientent leurs patients vers des structures adaptés.  

Cette équipe pluridisciplinaire accompagne au quotidien environ 308 personnes, dont 210 familles et 90 personnes isolées vivant en semi-collectivité.

En effet, chaque type de public dispose d’une pièce à vivre correspondant au plus près de ses besoins. Les personnes célibataires bénéficient d’une chambre de 9m2, quand les familles ont un espace qui s’élève environ à 20m2. Les chambres sont équipées de lits, de draps, de couettes et une armoire ainsi qu’une petite table sont fournis. Les toilettes et les douches sont collectives et se trouvent sur le palier. Afin de favoriser l’autonomie des résidents, une participation financière de 20% en fonction de leur revenu est demandée. A noter que sont considérés comme personnes ayant des ressources, les personnes percevant les minimas sociaux (RSA, AAH etc…).

 

  • Quelle est ta mission en tant qu’Assistante de Service Social ?

Ma mission est d’ACCUEILLIR les personnes qui ont au préalable été orientés vers notre structure, par le Service Intégré d’Acceuil et d’Orientation (SIAO). Puis, après avoir évalué leurs besoins, je les ACCOMPAGNE à leur rendez-vous pour la régularisation de leurs papiers, que ce soit à la sécurité sociale, à la préfecture ou tous autres types d’établissements étatiques.  Je suis également amenée à les ORIENTER vers les structures compétentes comme la MDPH, la CIMADE, le CMP ou le CSAPA, en fonction de leurs problématiques.

Je travaille également en PARTENARIAT avec des animateurs ou des esthéticiennes, pour mettre en place des activités telles que :

– des temps parents enfants; 

– des soirées match de foot; 

–  des séances de pédicure/manucure. 

« Le rôle de l’assistante sociale ou de tout travailleur social, est d’aider les personnes accompagnées à reprendre confiance en elles, et en leurs potentialités ».

 

  • Quelles sont les problématiques que tu as repéré au sein de la structure ?

Pendant plusieurs semaines, les familles nous ont communiqué leur sentiment d’insécurité au sein de leur lieu de vie qu’est le CHU. Comme dit précédemment, le CHU a pour vocation d’accueillir tous types de public. Et bien que l’on tend vers un vivre ensemble dans le respect de la dignité de chacun, il est parfois difficile, au regard de la mixité du public, que cela s’applique aussi simplement. Les résidents sont majoritairement issus de la migration. Enfants de tous ages, parents, hommes et femmes isolés s’y mélangent et ce, avec bien évidemment une histoire de vie complexe, qui a généré chez certains, des troubles psychologiques, des conduites à risques, et des comportements addictifs. 

La présence d’un veilleur de nuit, n’a pas atténué les angoisses des familles. A cela est venu s’ajouter, la mise en place d’un service repas en deux fois à la cantine au lieu d’un. Ainsi, les familles sont d’abord conviées à table, puis c’est au tour des personnes seules. Cela a nettement diminué les tensions et les craintes des résidents sur la question de l’insécurité. 

 

  • Quel regard portes-tu sur ton expérience professionnelle ?

Après l’obtention de mon BAC ES, j’ai intégré une faculté de droit durant 1 an, puis j’ai choisi de me réorienter dans le domaine du social. J’ai intégré la formation d’assistante de service social après ma réussite au concours et très vite, j’ai constaté que certaines de mes camarades avaient déjà quelques expériences professionnelles notamment dans le domaine du social.

Certaines évoquaient leurs expériences en tant que volontaire en mission de service civique, quand d’autres abordaient leur statut de bénévole au sein d’une association. J’avais 19 ans à l’entrée en formation, et j’avais peur que mon manque d’expérience professionnelle soit un frein à ma réussite au Diplôme d’Etat.

Néanmoins, cela n’a pas été une entrave à l’acquisition de mon DE, que j’ai d’ailleurs pu mettre en pratique très rapidement. En effet, très rapidement soit 5 mois après l’obtention de mon DE, j’étais déja en poste. A présent, cela fait un an que j’exerce et je suis pleinement satisfaite de mon métier, de mon parcours. 

 

  • As-tu réussi à prendre rapidement tes marques au sein de la structure ?

Le CHU dans lequel je travaille actuellement a été créé récemment. De ce fait, lors de ma prise de poste, l’équipe n’était pas encore formée. D’ailleurs, je trouve ce contexte plutôt favorable, car nous étions tous nouveaux, et nous avons appris à nous connaitre dans les mêmes conditions. A mon sens, cela est plus simple que d’intégrer une équipe déjà établie.

Donc pour répondre à ta question, je dirais que oui, j’ai pris mes marques au sein de la structure assez rapidement. Je me sens soutenue par mon équipe et l’ambiance est très conviviale. Pour une première prise de poste, c’est l’idéal pour moi.

 

  • Qu’elle est la valeur morale qui te caractérise le plus ?

Je dirais l’humilité. C’est-à-dire le fait de respecter autrui. 

 

  • Pourquoi avoir choisi de travailler avec ce type de public ?

Au départ, j’avais une connaissance très limitée de ce public. J’étais happée par l’image que renvoi les médias de cette catégorie de la population et par l’idée que je m’en faisais lorsque je les croisais dans la rue. Je les percevaient comme des personnes voleuses, ne voulant pas s’intégrer dans la société.

Puis, dans le cadre de ma deuxième année de formation, j’ai effectué un stage d’une durée de 6 mois, au sein d’un Centre d’Hébergement d’Urgence (CHU), accueillant des personnes sans-abris en grande situation d’exclusion.

La rencontre avec ce public a été très enrichissante et m’a également questionné sur leur place au sein de la société. En effet, la majorité d’entre eux exprimait un mal être. Ils disaient se sentir en marge de la société, inconsidérés et : « mal regardé ». Une femme m’avait dit un jour : « je ne suis qu’une clocharde pour les gens, une clocharde qui ne sert à rien car elle ne travaille pas ». 

Cette expérience m’a marquée et a ouvert mon champs des possibles. Mes appréhensions ont bien évidemment disparues et je suis satisfaite du poste que j’occupe actuellement.

 

  • Il y a-t-il une situation qui t’a particulièrement touchée ?

Oui, il s’agissait d’une personne sans abris qui expliquait souffrir de la solitude et qui pleurait souvent à cause de l’absence de ses proches. Elle disait que le fait qu’ils aient coupés tout contact avec elle depuis qu’elle vit en CHU, est très difficile à vivre.

 

Merci beaucoup pour ton témoignage. 

Et toi cher lecteur, chère lectrice, n’hésite pas à me faire part de tes questionnements dans l’espace commentaire. Je me ferais un plaisir d’y répondre, avec la collaboration de l’interviewée. 

Avec toute ma considération,

CASSANDRA. 

2 commentaires sur « Une Assistante de Service Social en Centre d’Hébergement d’Urgence » Laisser un commentaire

  1. C’est un témoignage d’expérience d’ASS très enrichissant et t’encourage à en faire davantage part. Merci encore. Ruth, en 3ème année formation au DEASS.

    • Et ce sont des commentaires comme le tiens qui me poussent à produire, à créer davantage. Alors merci à toi. 😘 Il y a de très beaux articles à venir, et j’ai hate de partager tout cela sur le blog.

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